Un petit bureau à Berlin ou une startup à Stockholm peuvent sembler être des endroits peu probables pour entamer une lutte contre une entreprise valant des milliers de milliards de dollars. Pourtant, ces entreprises européennes remportent actuellement des batailles qui redéfinissent le fonctionnement d'Internet pour tous. Le catalyseur est une récente amende de 890 millions d'euros infligée par l'Union européenne. Cette amende constitue la première mesure d'exécution majeure dans le cadre de la loi sur les marchés numériques (Digital Markets Act), un ensemble de règles conçues pour empêcher les géants de la technologie de se comporter comme des contrôleurs d'accès (gatekeepers) bloquant leurs propres sorties.
Depuis des années, Google fait face à des accusations de favoriser ses propres services. La Commission européenne a constaté que l'entreprise utilisait son moteur de recherche pour propulser ses propres services de shopping, d'hôtels et de voyages vers le haut, tout en enterrant ses rivaux. Dans une conclusion distincte, la Commission a déterminé que Google empêchait les développeurs d'applications de montrer aux utilisateurs des moyens de paiement moins chers en dehors du Google Play Store. Ces conclusions ne sont pas de simples titres de presse. Elles constituent le fondement d'une vague massive de poursuites privées à travers le continent.
Lorsqu'un régulateur comme la Commission européenne inflige une amende, il fait plus que simplement prélever de l'argent dans la trésorerie d'une entreprise. Il crée un raccourci juridique pour toute entreprise ayant souffert de ce mauvais comportement. Dans le monde juridique, il s'agit d'une action en dommages et intérêts consécutive (follow-on damages claim). Normalement, une entreprise poursuivant un géant devrait passer des années et dépenser des millions de dollars pour prouver qu'un abus de pouvoir a eu lieu. Comme l'UE a déjà effectué ce travail, le demandeur commence avec la violation comme un fait établi.
Considérez la loi comme un passe-partout. La Commission a déjà déverrouillé la porte en prouvant que Google était responsable de concurrence déloyale. Désormais, les plus petites entreprises n'ont plus qu'à présenter au tribunal un reçu de leurs pertes. Elles doivent démontrer combien de trafic elles ont perdu et combien de clients sont partis ailleurs parce que Google a caché leurs liens. Ce déplacement de la charge de la preuve rend les litiges beaucoup moins risqués pour les petits acteurs.
Les tribunaux en Allemagne, en Italie et en Suède traitent déjà ces réclamations, et les chiffres sont stupéfiants. Ces affaires impliquent souvent des sites de comparaison de prix qui affirment que les tactiques d'auto-préférence de Google les ont presque anéantis.
| Pays | Plaignant | Résultat ou montant de la réclamation | État |
|---|---|---|---|
| Allemagne | Idealo | 465 millions € accordés | En appel |
| Allemagne | Producto GmbH | 107 millions € accordés | En appel |
| Italie | 7Pixel | 2,97 milliards € réclamés | En attente |
| Suède | PriceRunner | 1,7 milliard € accordés | Jugement définitif |
En Allemagne, la décision du tribunal de Berlin d'accorder 465 millions d'euros à Idealo a provoqué une onde de choc dans l'industrie. Bien qu'Idealo ait initialement demandé plus de 3 milliards d'euros, cette attribution confirme que les juges européens sont prêts à tenir les moteurs de recherche financièrement responsables de la manière dont ils trient les résultats. Albrecht von Sonntag, cofondateur d'Idealo, a déclaré que l'abus de marché doit avoir des conséquences pour éviter qu'il ne devienne une stratégie commerciale standard.
Historiquement, Google a soutenu avoir résolu ces problèmes il y a des années. Après une décision de l'UE en 2017 concernant Google Shopping, l'entreprise a mis en place un système d'enchères pour les emplacements dans les résultats de recherche destinés aux autres services de shopping. Google a soutenu que ce changement rétablissait l'équité et que tout préjudice causé aux concurrents appartenait au passé.
La nouvelle amende de 890 millions d'euros détruit ce récit. En sanctionnant Google pour un comportement qui s'est poursuivi bien après les changements de 2017, l'UE a apporté la preuve que le problème n'était pas résolu. Il s'agit d'un problème systémique plutôt que d'une erreur ponctuelle. Pour les entreprises actuellement en justice, cela signifie qu'elles peuvent désormais étendre leurs réclamations pour couvrir les années comprises entre 2018 et 2026. Un procès qui valait auparavant cinq ans de dommages et intérêts pourrait maintenant en valoir dix.
L'une des parties les plus significatives de la nouvelle amende concerne le Google Play Store. Pendant longtemps, si vous achetiez un abonnement dans une application, Google prélevait une commission allant jusqu'à 30 %. Les développeurs avaient souvent l'interdiction de vous informer que l'abonnement était moins cher si vous l'achetiez directement sur leur site web. L'UE appelle cela l'anti-pilotage (anti-steering).
En mettant fin à ces pratiques d'anti-pilotage, la loi permet un marché plus transparent. Si un service de streaming musical peut vous dire qu'un abonnement est à 9,99 € sur le web mais à 12,99 € dans l'application, vous avez le pouvoir de choisir l'option la moins chère. La récente amende valide les plaintes des développeurs qui ont été forcés de cacher ces économies. Par conséquent, nous risquons de voir une nouvelle vague de poursuites de la part de développeurs d'applications qui souhaitent récupérer les frais qu'ils ont été contraints de payer sous ces règles restrictives.
Google maintient une perspective différente sur ces réglementations. Kent Walker, président des affaires mondiales, soutient que ces mandats légaux forcent l'entreprise à dégrader ses propres produits. Il suggère que des fonctionnalités appréciées des utilisateurs, comme la consultation directe des prix des hôtels ou des horaires de vol dans les résultats de recherche, sont désormais menacées. Du point de vue de Google, fournir une réponse directe à la question d'un utilisateur est un service, et non un moyen de bloquer la concurrence.
Cependant, la Commission européenne, dirigée par la vice-présidente exécutive Teresa Ribera, soutient que c'est le mérite qui compte. Un produit devrait figurer en tête des résultats de recherche parce qu'il est le meilleur, et non parce qu'il appartient à l'entreprise qui possède la barre de recherche. Cette tension entre la commodité de l'utilisateur et la concurrence loyale est le thème central de chaque procès actuellement en cours en Europe.
Bien que ces procès de plusieurs milliards d'euros impliquent des géants de l'entreprise et de grandes startups, l'issue affecte chaque personne utilisant un smartphone. Lorsque la concurrence est étouffée, les prix restent élevés et l'innovation ralentit. Si un meilleur site de voyage ou un outil de shopping moins cher ne peut pas être trouvé, vous passez à côté des meilleures offres.
Ces décisions de justice tracent la voie vers une économie numérique plus diversifiée. À mesure que les rivaux de Google obtiennent des dommages et intérêts, ils acquièrent le capital nécessaire pour améliorer leurs services et rivaliser plus efficacement. Le litige est un marathon, et nous assistons actuellement à une accélération de milieu de course où les leaders sont mis au défi. La loi sur les marchés numériques a fourni les règles, et les tribunaux nationaux assurent désormais leur application.
Si vous exploitez une entreprise qui dépend du trafic numérique, ces décisions suggèrent que l'ère de la domination incontestée de la recherche touche à sa fin. Vous disposez aujourd'hui de plus de leviers qu'il y a cinq ans. Pour les consommateurs, le message est celui de l'autonomisation. Vous devriez regarder au-delà des premiers encadrés d'une page de recherche et vérifier les tarifs directs sur les sites web des développeurs.
Pour protéger vos intérêts dans cet environnement changeant, envisagez ces étapes :
Avertissement : Cet article est à but informatif et éducatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique formel. Le paysage juridique concernant la concurrence numérique est complexe et varie selon les juridictions. Les lecteurs devraient consulter un avocat qualifié dans leur région spécifique pour les questions liées au droit de l'antitrust ou de la concurrence.



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